Projet Goglu – Résultats

Mesures adoptées par les agriculteurs de l’Archipel du lac Saint-Pierre

 

Nid de Goglu des prés, île Dupas / Photo : A. Nicole, SCIRBI

Tableau 1. Mesures, nombre d'agriculteurs les ayant adoptées et superficie touchée

MesuresNombre d'agriculteursNombre d'hectares
1. Effectuer la première coupe après le premier juillet461.6
2. Faucher une première coupe le plus tôt possible et attendre de 55 à 65 jours avant la seconde coupe357.7
3. Conserver une portion centrale du champ qui ne sera pas fauchée lors de la première coupe11
4. Débuter le fauchage par les champs de plus petite taille et terminer avec les plus grands----
5. Favoriser des champs carrés plutôt que rectangulaires----
6. Favoriser des parcelles de taille supérieure à 25 ha----
7. Maintenir les prairies durant au moins 3 à 5 ans388.7
8. Utiliser des cultivars plus tardifs----
9. Circuler du centre vers l'extérieur lors de la fauche de champs destinés à être coupés en totalité130
10. Utiliser une barre d'effarouchement sur la machinerie2151
11. Augmenter la hauteur de fauche à 120 mm1120
12. Planter des poteaux de cèdre à tous les 200 m sur le pourtour des champs2n.d.
13. Si nécessaire, épandre le lisier immédiatement après une coupe de foin----
14. Limiter la densité du bétail dans les pâturages en continu à moins de 2.5 unités animales par ha13
15. Utiliser un système de rotation des pacages----
16. Aménager des pâturages de dimensions supérieures à 25 ha----
17. Créer une aire de refuge au centre du pâturage----
18. Favoriser l'aménagement de pâturages de forme carrée plutôt que rectangulaire----
19. Protéger et conserver les bosquets et arbustes afin qu'ils soient utilisés comme perchoirs264
20. Limiter le passage de la machinerie dans les pâturages entre le 15 mai et le 15 juillet3184
21. Autre : autoriser la SCIRBI à trouver et à marquer les nids pour qu’ils puissent être évités lors de la fauche124.7

Explication des mesures et effets attendus

 

1. Effectuer la première coupe après le premier juillet

Il s’agit de la mesure la plus efficace et, pour des raisons évidentes pour les agriculteurs, de la plus difficile à mettre en place. Elle peut aussi s’appliquer sur un nombre restreint d’hectares, comme au centre d’un grand champ ou dans un petit champ marginal. Comme la ponte, l’incubation et l’élevage des oisillons ont lieu en mai et juin, faucher un champ après le 1er juillet permet au plus grand nombre de jeunes possible de prendre leur envol avant le passage de la machinerie. À cette date, 91% des jeunes goglus auraient pris leur envol (Frei 2009).

Un total de 4 agriculteurs se sont engagés à faucher une partie de leurs champs après le 1er juillet, pour un total de 61.6 hectares de refuges créés. 55.1 ha sont situés sur l’île aux Ours, une île riche en habitats fauniques où se côtoient champs de foin et forêts marécageuses anciennes. Les inventaires aviaires effectués en 2014 et 2015 ont permis de calculer les densités d’oiseaux nicheurs et d’extrapoler les bénéfices engendrés par la fauche tardive sur cette île.

Tableau 2. Bénéfices fauniques anticipés de la mesure 1 sur l'île aux Ours

EspèceDensitéSuperficie protégée (ha)Couvée moyenne (oeufs)Nombre de jeunes anticipés
Bruant des prés0.15 individu / ha55.1433
Goglu des prés0.40 mâle / ha55.15110
Maubèche des champs1 couple au total55.144
Deux espèces bénéficiant des prairies non fauchées un 2 juillet à l'île aux Ours. / Photo : A. Nicole, SCIRBI

Deux espèces bénéficiant des prairies non fauchées un 2 juillet à l’île aux Ours. / Photo : A. Nicole, SCIRBI

À noter que seules les espèces prioritaires sont considérées à des fins d’analyses. D’autres nids d’oiseaux nichant au sol ont été découverts durant les inventaires (sauvagine, Bécassine de Wilson).

 

2. Faucher une première coupe le plus tôt possible et attendre de 55 à 65 jours avant la seconde

Cette mesure, appliquée par 3 agriculteurs sur un total de 57.7 hectares, permet aux oiseaux de compléter une seconde tentative de nidification après que la première ait avorté suite au passage de la faucheuse. Les espèces ciblées par le projet peuvent tenter de nicher une seconde fois environ 15 jours après la fauche (le temps que le couvert végétal redevienne assez dense) et elles ont besoin d’une quarantaine de jours pour compléter leur nidification, d’où l’attente minimum de 55 jours avant la seconde coupe. Cette mesure peut s’appliquer aux champs les plus fertiles habituellement prêts à être fauchés dès la fin mai ou le début juin.

Tableau 3. Bénéfices fauniques anticipés de la mesure 2

EspèceDensitéSuperficie (ha)Couvée moyenne (oeufs)Nombre de jeunes anticipés
Bruant des prés0.42 individu / hectare 55.7 497
Goglu des prés0.65 mâle / hectare55.75188
3. Conserver une portion centrale du champ qui ne sera pas fauchée lors de la première coupe

Un agriculteur a adopté cette mesure qui permet de créer un refuge au centre du champ, là où la densité de nids est généralement la plus élevée. Les études démontrent que les oiseaux de prairie évitent de construite leur nid près des bordures, notamment les lisières de forêt et les routes (Bollinger & Gavin 2004), et que la densité de nids tend à augmenter avec la distance parcourue depuis la bordure vers le centre du champ (Renfrew et al. 2005). Les nids situés près des bordures sont plus susceptibles d’être découverts par les prédateurs qui utilisent les lisières entre deux habitats pour leurs déplacements ou d’être parasités par le Vacher à tête brune, un oiseau qui ne construit pas de nid et qui pond ses œufs dans ceux des autres.

 

Sturnelle des prés / Photo : Michèle Amyot

Sturnelle des prés / Photo : Michèle Amyot

7. Maintenir les prairies durant 3 à 5 ans

Le maintien des prairies durant plusieurs années consécutives est favorable aux espèces qui sont fidèles à leur site de nidification. Ceci leur permet de vouer une plus grande part de leur énergie à la production de jeunes plutôt qu’à la recherche et à la défense d’un nouveau territoire. La Sturnelle des prés, de son côté, préfère les prairies vieillissantes ; celles-ci ont souvent une diversité végétale plus élevée grâce aux « mauvaises herbes » qui s’y implantent au fil des années (Lamoureux & Dion 2014). Cette pratique a aussi pour avantage de répartir les coûts d’implantation de la prairie sur plusieurs années.

 

9. Circuler du centre vers l’extérieur lors de la fauche de champs destinés à être coupés en totalité

En procédant ainsi, les oiseaux effarouchés se dirigeront graduellement vers l’extérieur du champ. Lorsque l’on fauche de la façon traditionnelle, soit de façon concentrique, les oiseaux trouvent refuge dans les sections qui ne sont pas encore coupées, ce qui crée un effet d’entonnoir au centre du champ où la faucheuse circule en dernier. Il a été démontré que procéder du centre vers l’extérieur contribue à réduire la mortalité accidentelle des oiseaux (Green et al. 1997).

 

10. Utiliser une barre d’effarouchement sur la machinerie
La barre d'effarouchement de la SCIRBI est utilisée sur plus de 150 hectares de cultures pérennes dans l'Archipel du lac Saint-Pierre / Photo : A. Nicole, SCIRBI

La barre d’effarouchement de la SCIRBI est utilisée sur plus de 150 hectares de cultures pérennes dans l’Archipel du lac Saint-Pierre / Photo : A. Nicole, SCIRBI

Une barre d’effarouchement est une sorte de râteau installé à l’avant d’un tracteur et qui est de la même largeur que l’ensemble du tracteur et de la machinerie. Son utilisation est peu répandue, car le dispositif non commercialisé reste encore méconnu. Il permet d’effaroucher les femelles en incubation ainsi que les oisillons mobiles quelques précieuses secondes avant le passage de la faucheuse. Le bruit du tracteur à lui seul ne suffit pas toujours à faire fuir les femelles qui ont plutôt le réflexe de rester immobiles en attendant que le danger passe, comptant sur leur camouflage pour ne pas être repérées. Le remue-ménage causé par les chaines à proximité de l’animal indique un danger imminent et est plus efficace pour faire décoller ce dernier.

Barre d'effarouchement construite par Mécanique Houle-Tech / Photo : A. Nicole, SCIRBI

Barre d’effarouchement conçue et construite par Mécanique Houle-Tech / Photo : A. Nicole, SCIRBI

Une étude de Canards illimités a démontré que 100% des cannes survivaient lorsqu’une barre d’effarouchement était utilisée, comparativement à 52% en l’absence de celle-ci (Henkes, pas de date). Les membres de la famille des canards, des perdrix et des faisans sont particulièrement réputés pour leur entêtement à vouloir rester au nid lors de l’approche d’un danger. Le dispositif peut aussi servir à effaroucher les faons laissés dans les champs par leur mère. Les femelles cerfs ont en effet l’habitude de camoufler leur jeune au milieu d’un champ lorsqu’elles le quittent pour s’alimenter durant la journée.

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11. Augmenter la hauteur de fauche à 120 mm

Cette mesure simple permet d’épargner de nombreux nids, tout en ayant un impact positif sur la qualité du fourrage récolté et la qualité de la repousse. L’usure des lames de la faucheuse est aussi réduite (Lamoureux & Dion 2014). Si cette mesure permet de sauver des femelles en incubation, le sort des oisillons est quant à lui plus incertain. L’absence de végétation autour du nid le rend facilement repérable par les prédateurs, notamment par les goélands qui suivent le sillon des tracteurs.

 

Goglu des prés, île Saint-Ignace / photo : A. Nicole, SCIRBI

Goglu des prés, île Saint-Ignace / photo : A. Nicole, SCIRBI

12. Planter des poteaux de cèdre à tous les 200 m sur le pourtour des champs

Cette mesure est pertinente pour les champs n’ayant pas beaucoup d’arbres et d’arbustes en leur pourtour. Les oiseaux de prairies ont besoin de sites surélevés, appelés sites de guet, d’où ils peuvent détecter les dangers. Ces piquets seront utilisés comme perchoirs par les adultes lors du passage de la machinerie. De plus, le mâle s’en servira comme site de chant et de parade tout au long de l’été, assurant ainsi à l’agriculteur un accompagnement musical durant son travail.

14. Limiter la densité du bétail dans les pâturages en continu à moins de 2.5 unités animales par hectare

Dans un pâturage, le risque de piétinement d’un nid est proportionnel à la densité du bétail et au temps d’exposition au bétail (Shrub 1990, Undersander et al. 2000, Vickery et al. 2001). Une étude a démontré qu’une densité de bétail de 7,7 têtes par hectare peut causer la destruction de 70% des nids d’un pâturage en un mois, comparativement à 10% pour une densité de 0,3 tête/ha (Pavel 2004). Ainsi, afin de minimiser le risque de piétinement des œufs et oisillons, des densités inférieures à 2,5 unités animales (2,5 vaches adultes ou 5 taures) par hectare sont à favoriser.

Par ailleurs, en imitant les pressions d’herbivorie naturelles, une faible densité de bétail a des effets positifs sur l’écologie d’un pâturage. Les animaux herbivores augmentent la diversité des plantes, des habitats herbacés et la quantité de matière organique du sol. De plus, leurs fèces favorisent la prolifération d’insectes dont les oiseaux et les oisillons raffolent.

 

19. Protéger et conserver les bosquets et arbustes afin qu’ils soient utilisés comme perchoirs

En plus d’augmenter le potentiel faunique général d’un habitat, les arbustes sont utilisés comme sites de guet et permettent aux oiseaux de voir les dangers de loin et de prendre la fuite au besoin. Ils peuvent s’y percher lorsque le troupeau passe près de leur nid, par exemple.

Arbres et arbustes en bordure de champ, île Saint-Ignace / Photo : A. Nicole, SCIRBI

Arbres et arbustes en bordure de champs, île Saint-Ignace / Photo : A. Nicole, SCIRBI

20. Limiter le passage de la machinerie dans les pâturages entre le 15 mai et le 15 juillet

Éviter de circuler dans les pâturages avec le tracteur et la machinerie entre le 15 mai et le 15 juillet réduit le risque de détruire un nid. En ce qui concerne l’alimentation complémentaire apportée au champ, il est conseillé de placer la mangeoire près de l’entrée du pâturage et de prévoir une surface (comme une dalle de béton par exemple) qui permet d’accueillir tout le troupeau. En plaçant la mangeoire à l’entrée du pâturage, les déplacements inutiles sont alors évités.

 

21. Autre : autoriser la SCIRBI à trouver et à marquer les nids pour qu’ils puissent être évités lors de la fauche

Lorsque retarder la fauche n’est pas envisageable, il est possible de trouver et marquer les nids afin qu’ils soient évités. Ceci requiert parfois plusieurs heures d’observation, car les espèces qui nichent au sol sont très discrètes. Lors de la fauche, il importe de laisser une zone non fauchée de 10 mètres de rayon autour du nid. Un couple nicheur supporte très mal les altérations faites à cette zone et cela pourrait avoir de graves conséquences, comme mener à l’abandon du nid (MRN Ontario, pas de date).

La SCIRBI a tenté l’expérience sur les terres d’un agriculteur. Tous les nids de Goglu des prés (3) et 1 nid de Bruant des prés ont été trouvés dans le cadre de ce projet pilote. Malheureusement, l’efficacité de cette méthode n’a pas pu être testée, car l’agriculteur a réalisé la fauche en juillet en raison des conditions météorologiques défavorables ayant sévi en juin. Au moment de la fauche, 3 des 4 nids avaient été victimes de prédation au stade des œufs ou des oisillons. Bien que le taux de prédation naturel soit souvent élevé (Frei 2009), le piétinement résultant de la recherche de nids pourrait avoir contribué à guider les prédateurs. L’impact des observateurs devra être minimisé lorsque l’expérience sera reconduite en juin 2016.

Mesure 21 – Marquage des nids d’oiseaux de prairies afin qu’ils soient évités lors de la fauche / Photo : A. Nicole, SCIRBI


Références

Bollinger, E.K. and T.A. Gavin. 2004. Responses of nesting bobolinks (Dolichonyx oryzovorus) to habitat edges.The Auk 121(3): 767- 776.

Dufresne, M. et S. Lamoureux. 2009. Identification des enjeux liés à la prise accessoire des oiseaux migrateurs en territoire agricole dans le sud du Québec. Club Consersol Vert Cher. 104 pages et annexes.

Frei, B. 2009. Ecology and management of Bobolinks in hayfields of Quebec and Ontario. M. Sc. Thesis. McGill University: Canada. 82 pages.

Green, R. E., G. A. Tyler, T. J. Stowe, and A. V. Newton. 1997. A simulation model of the effects of mowing of agricultural grassland on the breeding success of the corncrake (Crex crex). Journal of Zoology 243:81-115

Henkes, R. No date. Making hayfields safer for wildlife. The Conservator: Ducks Unlimited.

Lamoureux, S. et C. Dion. 2014. Stratégies de protection des oiseaux champêtres en région dominée par une agriculture intensive : Partie II – Plan d’action. Regroupement QuébecOiseaux, Montréal, 74 pages + annexes.

Ontario Ministry of Natural Resources. No date. General Habitat Description for the Bobolink (Dolichonyx oryzivorus). 4 pages.

Pavel, V. 2004. The impact of grazing animals on nesting success of grassland passerines in farmland and natural habitats: a field experiment. Folia Zool. 53(2): 171–178.

Renfrew, R. B., C. A. Ribic, and J. L. Nack. 2005. Edge avoidance by nesting grassland birds: a futile strategy in a fragmented landscape. Auk 122: 618-636.

Shrubb, M. (1990) Effects of agricultural change on nesting lapwing V. vanellus. Bird Study, 37, 115–127.

Undersander, D., S. Temple, J. Bartlet, D. Sample, and L. Paine. 2000. Grassland birds: Fostering habitats using rotational grazing. Technical sheet A3715. 9 pages.

Vickery, J.A., J.R. Tallowin, R.E. Feber, E.J. Asteraki, P.W. Atkinson, R.J. Fuller, and V.K. Brown (2001). The management of lowland neutral grasslands in Britain: effects of agricultural practices on birds and their food resources. Journal of Applied Ecology, 38: 647–664.


Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution du Programme Interactions Communautaires, lié au plan d’action Saint-Laurent 2011-2026, et mis en oeuvre par les gouvernements du Canada et du Québec.

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Nous aimerions aussi souligner l’appui et la contribution du Regroupement QuébecOiseaux, de la Société d’ornithologie de Lanaudière et du comité ZIP du lac Saint-Pierre.

 

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